reSee.it - Tweets Saved By @FerghaneA

Saved - November 1, 2023 at 6:16 AM
reSee.it AI Summary
In our lack of understanding of the Middle East, we fail to grasp the symbolic and historical context in which the actors operate. The Hamas invokes the memory of the Crusades and identifies with Saladin, while we respond with a "two-state solution," oblivious to their rejection of coexistence. We rely on European philosophy and Christian theology, oblivious to the fact that the Hamas seeks to eradicate Israel, paralleling Islam's eradication of the Eastern Roman Empire. Our secularization and amnesia contribute to our inability to comprehend the religious dimension of conflicts. We have forgotten a time when religion regulated our lives, and we overlook the significance of spirituality in politics. Our ethnocentrism and projection of pacifism onto the world only serve to amuse others. We must acknowledge our limited knowledge of regions and their history, as well as the level of secularization they have not attained and disdain. We are losing the battle because we are paralyzed by the incomprehensible nature and meaning of the conflict.

@FerghaneA - Ferghane Azihari 🌐

Nous ne comprenons rien au Proche-Orient parce que les acteurs inscrivent leur combat dans un registre symbolique et historique qui nous dépasse complètement. Le Hamas - qui est loin d'être impopulaire dans le monde musulman - mène son combat en convoquant le souvenir des Croisades et en se réclamant de Saladin, et nous lui répondons « solution à deux États », comme s'il cherchait la moindre cohabitation avec une population qu'il perçoit comme intrusive par essence même. Le Hamas dit qu'il veut éradiquer Israël de la même manière que l'Islam a éradiqué l'Empire romain d'Orient, et nous lui répondons en convoquant un « droit international » auquel il est d'autant plus imperméable que ce droit puise ses racines dans la philosophie européenne et la théologie chrétienne (Saint Thomas d'Aquin, Hugo Grotius, Francisco de Vitoria & Cie). Pendant que la justice française ordonne de déboulonner une statue de la vierge sur l'île de Ré, Erdogan désigne l'Occident déchristianisé comme les héritiers de Godefroy de Bouillon. Erdogan nous prend à partie. Il agite la menace d'un combat « entre la Croix et le Croissant ». « Comment êtes-vous entrés ici ? », demande-t-il à Israël. Nous nous pinçons le nez quand nous entendons le nom d'Huntington (que personne n'a lu). Et nous répondons par un silence munichois à celui qui se rêve en nouveau Sultan et dont les paroles s'inscrivent dans un schéma huntingtonien de manière caricaturale. Un djihadiste assassine de sang froid un professeur. Nous savons qu'il cherchait « un professeur d'Histoire » et non de mathématiques ou de sport. Et nous commentons ce « fait divers » - qui a déjà disparu de nos écrans - comme le ferait un animateur de colonie de vacances face à des gosses difficiles, à la manière de ce journaliste de BFM TV qui réagit avec la plus grande désinvolture lorsqu'il interview « cet ami » du djihadiste d'Arras qui considère que « tuer des gens ne l'a jamais intéressé ». Nous ne comprenons rien. Car nous ne prenons plus le fait religieux au sérieux. Nous regardons la religion avec dédain. Nous l'envisageons avec Marx comme le « soupir de la créature opprimée », un prétexte, un voile, un instrument, au lieu d'y voir un moteur de l'Histoire. À croire que l'Islam a attendu les Croisades ou l'expédition de Bonaparte à la fin du XVIIIe siècle pour être le terreau de forces et d'idéologies impérialistes... C'est moins notre sécularisation que notre amnésie qui est à l'origine de notre incompréhension. Nous avons oublié le temps pas si lointain où la religion - le christianisme en l'occurrence - régulait, pour le meilleur et pour le pire, la quasi-totalité de nos existences individuelles et collectives. Nous avons oublié le temps où les évêques affluaient des quatre coins de l'Empire romain à l'invitation des Empereurs pour trancher la question ô combien grave et existentielle de savoir si Jésus est Dieu, Fils de Dieu, ou peut-être les deux à la fois. Nous avons oublié le temps où les Empereurs allaient à Canossa pour supplier les Papes de lever une excommunication qui mettait leur autorité en péril, dans le cadre de querelles - là encore ô combien existentielles - sur la nomination du personnel ecclésiastique... Nous avons oublié le temps où le prêtre était un personnage de la vie quotidienne, au même titre que le boulanger, l'oncle et la tante, au point d'être au centre des intrigues de la littérature classique. Nous sommes ethnocentrés. Parce que l'Occident a été le terreau des grandes utopies irénistes (comme le projet de paix perpétuel de l'Abbé de Saint-Pierre ou d'Emmanuel Kant ou les États-Unis d'Europe de Victor Hugo), nous projetons sur le monde entier un pacifisme mielleux qui le fait bien rigoler. Parce que nous regardons notre passé impérial avec dégoût, nous croyons ce complexe colonial partagé par tous. Nous ne nous demandons pas un seul instant pourquoi il n'existe pas de wokisme à Pékin, à Ankara, à Tripoli ou à Islamabad. Nous sommes ethnocentrés. Nous projetons sur des régions que nous ne connaissons pas, et dont nous n'étudions plus l'histoire ni la sociologie - de peur d'être désignés comme de méchants orientalistes à la solde de l'impérialisme mais aussi et surtout par paresse - notre propre niveau de sécularisation. C'est-à-dire un niveau de sécularisation que ces régions n'ont pas atteint et qu'elles méprisent par dessus tout. Nous n'avons rien retenu de la leçon de Michel Foucault en Iran qui, loin d'approuver la Révolution khomeiniste comme le prétendront ses contempteurs, se contentait d'alerter ses concitoyens sur la puissance du phénomène qu'il avait sous les yeux : « Quel sens, pour les Iraniens à rechercher au prix même de leur vie cette chose dont nous avons, nous autres, oublié la possibilité depuis la Renaissance et les grandes crises du christianisme : une spiritualité politique. J’entends déjà des Français qui rient, mais je sais qu’ils ont tort ». Désormais, nous ne rions plus. Nous sommes tétanisés par l'éventualité d'un combat dont le sens et la signification même nous effraient et nous sont incompréhensibles. Et c'est pourquoi nous sommes en train de le perdre.

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